Dix après avoir accueilli l’escrime olympique, le Parc Olympique de Rio....
accueillait les championnats du monde cadets-juniors 2026. Le 8 avril, la Carioca Arena 1 vibrait et le jeune épéiste passé par la Section Paloise Escrime, Hiroaki Toto, a su capter cette énergie pour en faire une précision souveraine, celle qui mène à l’or.
Son prénom, Hiroaki, signifie « grande lumière » en japonais. Magie du sort et du sport, c’est précisément à Rio, ville de soleil et d’élans, qu’il a rayonné jusqu’à décrocher le titre de champion du monde cadet. Au sein d’une équipe de France encore discrète, dont le seul podium demeurait l’argent au fleuret masculin par équipe, l’éclat d’Hiroaki a apporté une note plus lumineuse à cette 76e édition. À 17 ans seulement, le jeune épéiste sourit comme un gamin, mais touche comme un sage. Double champion d’Europe en titre (décrochés en Géorgie il y a quelques semaines), Hiroaki Toto avance avec l’assurance tranquille de ceux que la formation a solidement ancrés. Premières touches à Talence, maturité forgée à la Section Paloise et désormais un horizon élargi au Pôle France de Reims. S’il brille aujourd’hui sur la scène internationale à l’épée, c’est le Béarn qu’il fait rayonner. Façonné par Laurent Vicenty, maître d’armes emblématique de la Section Paloise, il fait aujourd’hui la fierté du club vert et blanc. Figure exigeante, technicien méticuleux et formateur reconnu pour sa capacité à faire éclore les jeunes talents, Laurent Vicenty, par ailleurs figure historique du FCO Escrime, a accompagné l’épéiste dans ses années décisives, celles où se construisent les bases d’un style, d’un tempo et de la confiance. Sous sa houlette bienveillante, Hiroaki Toto a appris à lire les distances, à affiner son sens du temps, à transformer son instinct en précision. Une empreinte forte, qui continue de l’accompagner aujourd’hui au Pôle France, où il poursuit sa progression vers le très haut niveau. Et cette lumière, patiemment construite au fil des années, a illuminé la piste brésilienne touche après touche jusqu’au Graal.
Une montée en puissance constante tout au long de la compétition jusqu’au titre mondial
Tête de série n° 2, Hiroaki Toto s’est imposé dans un tableau massif de 138 tireurs de 14 à 17 ans, représentant 58 nations au terme d’une journée éprouvante qui s’est étirée de 8h30 à 19h50. Au sein de la poule 20, Hiroaki Toto a signé un bilan encore incertain de 3 victoires pour 2 défaites, avant de lancer réellement sa journée lors du 64e de finale couperet, maîtrisé 15-3 contre le Belge Arthur Bonne. Après un début discret, il venait de lancer un premier signal fort sur ses capacités. En 32e de finale, il est opposé à l’explosif américain Christopher Davoodian, l’un des tireurs les plus redoutés du jour et prétendant au podium. Hiroaki a pourtant dominé son adversaire avec une implacable autorité (15 touches à 7) poursuivant ainsi inéluctablement son montée en puissance. Face à l’Ukrainien Hryhorii Krasniuk, le 16e de finale a pris des allures de duel étroit, où chaque touche a compté. D’abord mené au score, Hiroaki a calmement grignoté son retard avant de faire pencher la balance au moment décisif (15-10). Pour son 8e de finale, c’est le Turc Mehmet Ilgar Cevizici qu’Hiroaki trouvait sur son chemin. Un adversaire solide et difficile à manœuvrer. Dans un assaut accroché, il a su garder la main sur le tempo et faire la différence dans les dernières touches pour se qualifier pour les quarts de finale (15-12). C’est là qu’il affronte l’Australien Sora Robinson, l’un des hommes forts de l’Océanie. Cette fois, Hiroaki démontre qu’il est un candidat sérieux au titre, prenant les commandes très tôt, contrôlant chaque échange pour s’imposer nettement (15-11) et filer ainsi dans le dernier carré de la compétition planétaire. En ½ finale, le Français est confronté à l’un des principaux favoris pour la victoire finale, le Japonais Kyosuke Ando. La maîtrise d’Hiroaki est totale et son succès (15-7) le propulse en finale. En finale, il est confronté au n°1 mondial de la catégorie et de la spécialité : le Canadien Junzhe Sahn. L’assaut a d’abord été un bras de fer tendu, chaque touche étant disputée avant qu’Hiroak ne prenne l’ascendant décisif dans le dernier tiers du combat. Plus juste dans ses choix, plus lucide dans les échanges décisifs, il fait basculer la rencontre pour s’imposer et décrocher le titre mondial cadet.

Prochaine étape les Jeux Olympiques de la Jeunesse à Dakar à l’automne prochain
Au terme d’une longue journée où chaque assaut a semblé ajouter une pierre à son édifice, Hiroaki Toto s’est imposé avec une autorité qui ne souffre d’aucune discussion. Après une phase de poule hésitante, il a déroulé un tableau d’une rigueur presque géométrique. Au fur et à mesure que les tours s’enchaînaient, son escrime a gagné en netteté, en calme, en évidence. Et lorsque le numéro 2 mondial a retrouvé le numéro 1 en finale, il a su hausser un peu plus le ton, prendre la mesure du moment et faire basculer la finale. Son titre mondial, l’ancien élève de Laurent Vicenty l’a conquis sans laisser la moindre brèche. À seulement 16 ans, l’autre Français engagé, Alban Le May (licencié à l’Alliance Chartraine d’escrime) a, lui également, laissé filtrer une part d’avenir. Battu à la mort subite en 16e de finale par le Canadien Ethan Chung, il a néanmoins montré une escrime claire, volontaire, qui en dit beaucoup sur son avenir. Chez lui, tout semble encore en construction, mais l’avenir, manifestement marche à ses côtés. Les Championnats du monde cadets et juniors constituent l’un des passages les plus déterminants dans la carrière d’un escrimeur. Ils rassemblent chaque année l’élite mondiale des moins de 17 ans et des moins de 20 ans, révélant des talents qui feront l’escrime de demain. C’est là que se croisent les trajectoires encore fragiles et les premières certitudes, que se mesurent les écoles nationales, que se dessinent les futurs champions du monde seniors et parfois même les futurs médaillés olympiques. Cette compétition, à la fois laboratoire et tremplin, est un moment charnière : elle offre aux plus jeunes des styles venus de tous les continents, et à inscrire son nom dans une histoire débutante. Dans ce continuum de formation, les Jeux Olympiques de la Jeunesse occupent une place tout aussi essentielle. Véritable passerelle entre les catégories cadets et juniors, ils offrent aux meilleurs tireurs mondiaux une première expérience olympique avec tout ce que cela implique de pression, d’universalité et de symbolique. Dakar 2026, première édition du genre organisée sur le continent africain, du 31 octobre au 13 novembre, s’annonce comme un rendez-vous majeur pour cette génération née en 2009 et 2010. Pour un champion du monde cadet comme Hiroaki Toto, ces JOJ représentent une suite logique : un horizon à portée de main où l’on ne se contente plus de promettre, mais où l’on commence à se mesurer à l’idée même de l’Olympisme. Au Sénégal, dans ce rendez-vous qui mêle apprentissage, universalité et humanisme olympique, Hiroaki Toto pourrait prolonger ce qu’il a montré au Brésil : qu’au-delà des touches et des tableaux, il existe chez lui une manière d’être au monde, simple et juste, et qui donne envie de croire que l’avenir, tant le sien que celui de l’escrime, peut encore se construire dans la lumière.

Texte : David Scavennec. Crédit Photos : FIE





